DROIT ET PROTECTION DE L'ENFANT

FILIATION

Le lien de filiation est le lien juridique qui unit un enfant à ses parents. Il est source de droits et de devoirs tant pour les parents que pour l’enfant. Que la filiation soit naturelle, fondée sur l’adoption ou sur la procréation médicalement assistée, y compris la gestation pour autrui, nous vous renseignons sur vos droits et vous accompagnons devant les juridictions pour établir la filiation et obtenir sa retranscription dans les registres de l’État civil.

PATERNITÉ ET RECONNAISSANCE

Si la mère est mariée, l’époux est automatiquement considéré comme le père légal de l’enfant. En revanche, lorsque le père biologique n’est pas marié à la mère, il peut reconnaître l’enfant avant ou après sa naissance auprès de l’Office de l’État civil compétent. En absence de volonté du père de reconnaître son enfant, une action en paternité peut être introduite à certaines conditions (art. 261 CC).

PATERNITÉ ET CONTESTATION

La reconnaissance de paternité établie peut être contestée par une action en contestation de la reconnaissance à certaines conditions (art. 260a CC).

PATERNITÉ ET DÉSAVEU

Le lien de paternité établi ne peut être rompu que par une décision judiciaire. Dès lors, si un autre homme affirme être le père biologique de l’enfant, une action en désaveu de paternité est nécessaire (art. 256 CC).

ADOPTION INTERNE ET INTERNATIONALE

Le processus d’adoption est rigoureusement réglementé par des conventions internationales, telles que la Convention de La Haye de 1993, et par la législation suisse, définissant les conditions d’adoption (adoption conjointe, par une personne seule ou de l’enfant du conjoint/partenaire).

AUTORITÉ PARENTALE

Les parents détenant l’autorité parentale ont le droit et le devoir de prendre des décisions importantes pour le bien-être et l’éducation de leurs enfants mineurs. En Suisse, cette autorité est généralement exercée conjointement par les deux parents. Toutefois, lorsque cela n’est pas le cas, le parent non-détenteur peut demander l’attribution de l’autorité parentale conjointe devant le tribunal compétent.

GARDE

La garde de l’enfant, qui comprend le devoir de s’en occuper au quotidien, doit être déterminée entre les parents ou par le juge en cas de séparation ou divorce. Elle peut être alternée ou exclusive.

DROIT DE VISITE

En cas de garde exclusive, le parent non-gardien bénéficie d’un droit de visite qui peut être adapté ou restreint en fonction de l’intérêt de l’enfant.

AUTORISATION DE DÉPLACER LE LIEU DE RÉSIDENCE DE L’ENFANT

Dans certains cas, le déménagement d’un enfant nécessite le consentement de l’autre parent ou une autorisation judiciaire, laquelle est sera rendue après évaluation de plusieurs critères.

OBLIGATIONS ALIMENTAIRES

Les parents sont responsables de l’entretien de leurs enfants jusqu’à leur majorité ou jusqu’à la fin de leur formation appropriée, selon des critères établis par le Tribunal fédéral.

MESURES SUPERPROVISIONNELLES ET PROVISIONNELLES URGENTES

Ces mesures permettent de régler en urgence les modalités de garde, de visite, d’entretien ainsi que de protéger l’enfant du conflit familial.

ENLÈVEMENT INTERNATIONAL D’ENFANTS

En cas de déplacement ou de rétention illicite d’un enfant à l’étranger, des mesures immédiates sont nécessaires pour favoriser son retour, conformément à la Convention de La Haye de 1980.

MESURES DE PROTECTION DE L’ENFANT

Le Code civil suisse prévoit des mesures variées pour protéger les intérêts de l’enfant, allant du rappel aux devoirs à la mise en place d’une curatelle, en fonction de la gravité de la situation.

CURATELLE DE REPRÉSENTATION

En présence d’un conflit d’intérêts, une curatelle de représentation peut être ordonnée pour que l’enfant soit représenté par une tierce personne dans les procédures affectant sa famille.

QUESTIONS FRÉQUEMMENT POSÉES

Comment l’autorité parentale est-elle attribuée en Suisse ?

En Suisse, lautorité parentale conjointe est favorisée, car elle répond au mieux à lintérêt de lenfant. Lorsque la protection des intérêts de lenfant lexige, lautorité parentale peut toutefois être attribuée à un seul parent.

Si les parents sont mariés, ils disposent automatiquement de lautorité parentale conjointe. Même dans ce cas, lorsque le bien de lenfant le commande, le juge peut confier à lun des parents lautorité parentale exclusive (art. 298 CC).

En revanche, si les parents ne sont pas mariés, ils obtiennent lautorité parentale conjointe sur la base dune déclaration commune. À défaut dentente et de déclaration commune, lenfant sera soumis à lautorité parentale exclusive de sa mère (art. 298a CC). Lautre parent devra alors entreprendre des démarches judiciaires pour pouvoir exercer lautorité parentale conjointe et faire valoir ses droits.

Comment les décisions sur la garde des enfants sont-elles prises en cas de séparation des parents en Suisse ?

Il existe deux modalités de garde :

  • Garde alternée : lenfant passe dun domicile à lautre pour des périodes plus ou moins égales ou lenfant reste toujours dans lappartement familial et les parents salternent pour des périodes plus ou moins égales.
  • Garde exclusive : lenfant vit avec un parent la majorité de son temps et lautre parent dispose dun droit de visite plus ou moins élargi, mais dau minimum un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires (sauf circonstances particulières nécessitant la restriction, voire la suppression du droit de visite).

Ce nest pas parce que lautorité parentale est conjointe qu’à la suite dune séparation ou dun divorce la garde sera nécessairement attribuée aux deux parents de manière alternée (soit pour des périodes plus ou moins égales).

En effet, à défaut dentente entre les parents sur lexercice de la garde à la suite de la séparation ou du divorce, le Tribunal devra attribuer la garde alternée ou la garde exclusive à lun des parents.

Dans son analyse, le Tribunal sera guidé par lintérêt supérieur de lenfant, étant précisé que celui-ci prime sur lintérêt des parents. Plusieurs critères entrent en ligne de compte dans lexamen par le Tribunal : notamment la capacité éducative des père et mère, la disponibilité de chacun des parents de soccuper personnellement de lenfant, les besoins de stabilité de lenfant, la distance entre les deux domiciles, mais également la capacité de collaborer/coopérer avec lautre parent ou lexistence dun conflit parental.

Ces critères sappliquent indépendamment du statut des parents et de la procédure (séparation/divorce de parents mariés, dissolution du partenariat/parents non mariés).

Je vis en Suisse avec mon enfant et je souhaite déménager à l’étranger, mais l’autre parent s’y oppose. À quelles conditions puis-je obtenir l'autorisation de déplacer le lieu de résidence de mon enfant à l'étranger ?

Lautorité parentale inclut le droit de déterminer le lieu de résidence de lenfant (art. 301 al. 1 CC).

Dans lhypothèse où les parents exercent lautorité parentale conjointe, ils ne peuvent pas modifier le lieu de résidence de lenfant sans laccord de lautre parent, si le lieu de résidence se trouve à l’étranger ou que le déménagement entraîne des conséquences importantes pour lexercice de lautorité parentale de lautre parent et pour les relations personnelles (art. 301a al. 2 CC).

À défaut daccord parental, il faut donc adresser une demande dautorisation de déplacer le lieu de résidence de lenfant devant lautorité compétente. Cest le modèle de prise en charge préexistant de lenfant qui constitue le point de départ de lanalyse du Tribunal amené à trancher cette question.

Lorsque le parent qui souhaite déménager était titulaire de la garde exclusive de lenfant ou était le parent de référence, il sera en principe dans lintérêt de lenfant de déménager avec lui, pourvu quil puisse lui garantir une prise en charge similaire.

En revanche, lorsque lenfant était pris en charge de manière plus ou moins égale par les parents et où chacun est disposé à continuer cette prise en charge, la situation de départ est neutre et le juge appliquera les critères pertinents pour lattribution de la garde.

Je me sépare/divorce et j’ai des enfants. Comment sont fixées les contributions d’entretien envers les enfants en Suisse ?

Depuis le 1er janvier 2017, le nouveau droit de lentretien de lenfant est entré en vigueur avec une méthode de calcul unifiée concernant lentretien de lenfant et de l’époux/ex-époux : la méthode du minimum vital avec répartition de lexcédent.

La contribution dentretien de lenfant mineur est fixée sur la base de plusieurs critères (art. 276 CC) :

  • les besoins de lenfant,
  • la situation financière des parents (revenus et charges),
  • la fortune et les revenus de lenfant,
  • la participation de chacun des parents à la prise en charge de lenfant.

Lorsque la garde est exercée de manière exclusive, lentretien fourni en « nature », cest-à-dire par les soins et la prise en charge au quotidien (tels que cuisine, ménage, lessive, courses, aides aux devoirs, soins et présence en cas de maladie, assistance au quotidien, etc.) équivaut à une prestation en argent. Cest donc le parent qui na pas la garde qui doit, sauf exceptions, contribuer à lentretien par le versement dune contribution dentretien.

En présence dune garde alternée (50/50), chaque parent contribue à lentretien de lenfant en fonction de sa capacité contributive. Toutefois, si un des parents na pas de revenus et que lon ne peut pas exiger de lui quil en réalise, lautre parent peut devoir assumer lentier de lentretien de lenfant commun.

Lorsque la garde alternée nest pas exercée de manière égale, des ajustements sont nécessaires afin de tenir compte tant de la prise en charge que des capacités financières de chacun des parents.

Une procédure de séparation/divorce est en cours en Suisse. Est-ce que mon enfant sera entendu ?

Dans le cadre de la séparation ou du divorce, lart. 298 al. 1 CPC prévoit que les enfants doivent être entendus personnellement et de manière appropriée par le juge ou par un tiers nommé à cet effet, pour autant que leur âge ou dautres justes motifs ne sy opposent pas. Devant les autorités de protection de lenfant, cest lart. 314a CC qui sapplique et les principes restent les mêmes.

Laudition peut avoir lieu dès l’âge de 6 ans (TF 5A_104/2018 du 2 février 2021) et elle est indispensable dès l’âge de 11/13 ans (ATF 131 III 553, TF 5A_93/2020 du 25 août 2020).

Lenfant est entendu seul et sans ses parents. Le juge veillera à lui poser toute question nécessaire à la bonne compréhension de la situation et adaptée en fonction de son âge. Les réponses de lenfant seront notées dans un procès-verbal remis aux parents.

Comme indiqué supra, le juge a la possibilité de mandater une tierce personne pour procéder à laudition de lenfant et faire un rapport. En règle générale, il sagit dun/e intervenant/e du Service d’évaluation et daccompagnement de la séparation parentale (SEASP) à Genève ou de la Direction générale de lenfant et de la jeunesse (DGEJ) dans le canton de Vaud.

Mon conjoint a cessé de payer les contributions d’entretien dues pour les enfants, y compris les allocations familiales. Que puis-je faire ?

Plusieurs options peuvent être envisagées :

  • Une prise de contact avec le débiteur afin de comprendre les raisons du retard et entamer une négociation ;
  • Louverture dune procédure de poursuite pour les montants impayés auprès de loffice compétent du lieu de domicile du débiteur afin de récupérer les arriérés ;
  • Demander un avis aux débiteurs (art. 291 CC) : lorsque certaines conditions sont remplies, lavis aux débiteurs permet un paiement direct des contributions dentretien futures par le prélèvement mensuel de la contribution sur les revenus du débiteur (ex. salaire, rente dinvalidité, rente de vieillesse, etc.) ;
  • Le dépôt dune plainte pour violation de lobligation dentretien (art. 217 CP) devant lautorité compétente lorsque le débiteur refuse volontairement de fournir ce quil doit alors quil en a les moyens ou pourrait les avoir.

Sagissant des allocations familiales, lorsque la personne à laquelle les allocations familiales sont destinées (ou son représentant légal) peut prouver que l’ayant droit/débiteur ne les transmet pas, une demande peut être faite auprès de la caisse de compensation du débiteur pour recevoir le versement direct des allocations familiales et éviter le non-paiement (art. 9 al. 1 LAFam).